Entre 20 et 30 % des femmes enceintes déclarent ressentir une peur significative à l'approche de l'accouchement, et cette anxiété atteint souvent son paroxysme durant les dernières semaines de grossesse. Si vous lisez ces lignes, peut-être que les nuits raccourcissent, que les pensées s'emballent et que l'échéance vous semble à la fois trop proche et insurmontable. La peur de l'accouchement au 3e trimestre est pourtant un phénomène bien documenté, et surtout, des solutions concrètes existent — souvent accessibles sans recours systématique à un psychologue. Hafssa Fellah, sage-femme à Anderlecht, accompagne au quotidien des futures mamans confrontées à cette réalité, en combinant suivi prénatal et sophrologie pour les aider à retrouver confiance avant le jour J.
Ressentir une certaine appréhension face à l'accouchement est non seulement normal, mais parfois utile. Cette vigilance naturelle pousse à se préparer, à poser des questions, à s'informer. En revanche, lorsque la peur envahit le quotidien — cauchemars récurrents, crises de panique, impossibilité de se concentrer au travail ou évitement des consultations prénatales —, elle franchit un seuil qu'il ne faut pas ignorer. L'ampleur de cette peur peut aller jusqu'à des décisions radicales : 9 à 11 % des femmes souffrant de tokophobie ont repoussé ou envisagé d'interrompre une grossesse en raison de leurs peurs (Natural Womanhood, 2025). Ce chiffre illustre l'urgence d'un accompagnement précoce et ciblé — d'autant plus qu'une prise en charge adaptée permet de traverser la grossesse et l'accouchement, même en cas de tokophobie sévère.
On parle alors de tokophobie, un terme issu du grec « tokos » (accouchement) et « phobos » (peur), désignant une peur pathologique et paralysante de l'accouchement. Reconnue par l'OMS dans la Classification internationale des maladies depuis 1997, elle toucherait entre 6 et 14 % des femmes enceintes en Belgique. On distingue deux formes principales : la tokophobie primaire, qui concerne les femmes n'ayant jamais accouché (souvent liée à des récits négatifs entendus dans l'entourage ou à des traumatismes antérieurs), et la tokophobie secondaire, qui survient après un accouchement difficile — extraction instrumentale, douleurs non gérées, sentiment de perte de contrôle. Les violences obstétricales (VOG) constituent un facteur de risque explicitement reconnu de tokophobie secondaire dans le contexte belge (sfer.be). La qualité de l'accompagnement — sage-femme bienveillante, respect des décisions de la femme, continuité du lien avec le même professionnel — est aujourd'hui présentée comme un outil de prévention direct du traumatisme obstétrical et de la phobie secondaire. Cette seconde forme est comparable à un choc post-traumatique et serait la plus fréquente.
Parmi les signaux d'alerte à ne pas négliger : insomnie chronique, pensées intrusives obsessionnelles sur les complications, conflits inhabituels avec le partenaire, évitement des rendez-vous médicaux, ou encore céphalées et troubles digestifs liés au stress. Pour objectiver cette peur, il existe un outil de dépistage international de référence : le W-DEQ (Wijma Delivery Expectancy/Experience Questionnaire). Il comporte 33 questions cotées de 0 à 6 (score maximum de 165). Un score ≥ 66 indique une peur élevée ; un score ≥ 85 constitue le seuil diagnostique de la tokophobie, avec une sensibilité de 100 % et une spécificité de 93,8 % (Calderani et al., 2019, Hôpital universitaire de Careggi, Florence). Disponible en français, ce questionnaire peut être soumis par votre sage-femme lors d'une consultation prénatale.
À noter : le W-DEQ n'est pas un outil d'autodiagnostic définitif. Un score élevé ne doit pas devenir une source d'inquiétude supplémentaire : il constitue un indicateur qui doit déclencher une orientation professionnelle adaptée — c'est-à-dire une évaluation psychopathologique approfondie par un professionnel de santé compétent. Si vous pensez être concernée, parlez-en à votre sage-femme, qui pourra vous soumettre ce questionnaire et interpréter les résultats avec vous.
L'échéance qui se rapproche rend la peur infiniment plus concrète. Une étude publiée dans la Revue Périnatalité (Cairn, 2020), portant sur 120 femmes enceintes, a montré que l'anticipation d'un trauma lié à l'accouchement est significativement plus élevée au 3e trimestre. Les comportements d'évitement réapparaissent également en fin de grossesse. Les primipares, en particulier, rapportent une peur nettement plus forte de mourir ou d'être blessées. Cette même étude identifie deux profils significativement plus vulnérables au pic d'anxiété du 3e trimestre : les femmes vivant seules et les femmes de moins de 25 ans, qui présentent un niveau d'hyperstimulation (anxiété physiologique) significativement plus élevé. Par ailleurs, une étude canadienne portant sur 659 femmes enceintes (MDPI/PMC, 2022) révèle que les femmes multipares présentent un taux de tokophobie complète (5,1 %) plus élevé que les primipares (1,9 %) — un constat qui rappelle l'importance de ne pas minimiser la peur chez les femmes ayant déjà accouché.
Les peurs les plus courantes se dessinent clairement : la douleur arrive en tête, suivie de la perte de contrôle, des déchirures périnéales (redoutées par 9 femmes sur 10, bien que dans leur grande majorité superficielles), des complications médicales, de la solitude et, parfois, de la peur de devenir mère. Ces craintes peuvent avoir une dimension transgénérationnelle — un récit familial d'accouchement dramatique suffit parfois à ancrer une angoisse profonde.
Sur le plan physiologique, un mécanisme bien documenté aggrave la situation : l'adrénaline produite par la peur inhibe directement l'ocytocine, l'hormone clé des contractions utérines. Elle entrave également les endorphines, ces analgésiques naturels que le corps libère pendant le travail. Résultat : la douleur est amplifiée et le travail peut se prolonger. C'est un véritable cercle vicieux — mais un cercle qui peut se désamorcer.
L'entourage joue aussi un rôle parfois sous-estimé. Les récits négatifs, les représentations médiatiques anxiogènes et même les peurs du partenaire peuvent se transmettre. L'adrénaline est, en quelque sorte, « contagieuse » : les angoisses d'un papa peuvent inhiber la production d'ocytocine chez la future maman. La pandémie de Covid-19 a par ailleurs constitué un facteur aggravant documenté : avant 2020, une majorité de femmes associaient l'accouchement à la joie et à l'impatience ; après la pandémie, plus de 80 % d'entre elles exprimaient de la peur en y pensant (ScienceDirect, Calderani et al.). Les femmes dont la grossesse actuelle suit une première expérience pendant ou après la période Covid sont donc statistiquement plus à risque de présenter une peur élevée, indépendamment d'un antécédent d'accouchement difficile.
Conseil : si vous vous reconnaissez dans l'un des profils à risque identifiés (femme vivant seule, âgée de moins de 25 ans, grossesse précédente vécue pendant la période Covid, ou accouchement antérieur traumatisant), n'attendez pas que la peur devienne envahissante pour en parler. Mentionnez-le dès votre prochain rendez-vous prénatal : votre sage-femme pourra adapter l'accompagnement en conséquence, de façon précoce et individualisée.
La première étape pour apprivoiser la peur de l'accouchement au 3e trimestre consiste souvent à briser le flou. Demander un entretien dédié à ses peurs avec sa sage-femme permet d'obtenir des réponses précises : comment se déroule réellement le travail ? Quels sont les protocoles de gestion de la douleur dans la maternité choisie ? Quelles sont les positions possibles ? En Belgique, les consultations avec une sage-femme en maison de naissance durent une heure — contre vingt minutes en maternité hospitalière —, ce qui laisse le temps d'aborder pleinement la dimension émotionnelle.
Rédiger un projet de naissance constitue un outil concret et puissant. Ce document, construit avec l'aide de la sage-femme, exprime vos souhaits : gestion de la douleur, personnes présentes, contact peau à peau immédiat, positions d'accouchement. Il réduit considérablement la peur de la perte de contrôle et facilite la communication avec l'équipe soignante le jour J. En le partageant en amont, vous limitez aussi les interactions inutiles pendant le travail — un facteur favorable à la sécrétion d'ocytocine.
Quant à la peur des déchirures, souvent surestimée, quelques chiffres rassurants méritent d'être connus : 28 % des femmes n'auront aucune lésion périnéale, 32 % auront une déchirure du 1er degré (peau et muqueuses uniquement), et seulement environ 5,75 % présenteront une déchirure du 3e degré. Pratiquer le massage périnéal dès la 34e semaine de grossesse, quotidiennement, peut réduire significativement les lésions. Votre sage-femme peut vous enseigner la technique lors d'une consultation prénatale.
La sophrologie prénatale agit directement sur la crispation corporelle qui amplifie la douleur. Elle aide à construire une image mentale positive de l'accouchement et à remplacer les scénarios catastrophes par une visualisation sereine. Une étude de 2015 (Deveer, C.) a montré que les femmes ayant suivi des séances de sophrologie ont eu un temps de travail plus court. Par ailleurs, 84 % des utilisatrices ayant consulté en sophrologie pour la périnatalité ont constaté une amélioration de leur état émotionnel.
L'hypnonaissance repose sur un principe complémentaire : briser le cycle peur-tension-douleur théorisé dès 1942 par l'obstétricien Grantly Dick-Read. En recréant un état de détente profonde grâce à la visualisation et à l'auto-hypnose, cette méthode permet de réduire l'anxiété et de diminuer le recours aux analgésiques, comme l'a confirmé une revue Cochrane. Elle est parfaitement compatible avec la péridurale : une femme peut pratiquer l'auto-hypnose durant les premières heures de travail, puis choisir l'analgésie si la douleur le nécessite. Point essentiel : en hypnonaissance, le partenaire est intégré dès la première séance, afin qu'il se familiarise avec la méthode et puisse accompagner activement la future maman jusqu'à la naissance. Le partenaire apprend des techniques de guidance — respiration, ancrage verbal, contact physique rassurant — qui renforcent la sécurité émotionnelle de la femme pendant le travail. Cette participation est sans contre-indication et recommandée même si la femme envisage une péridurale.
Toutefois, une thèse soutenue à Paris en 2022 sur le processus de l'hypnose dans le contexte obstétrical pointe un élément déterminant : l'insuffisance de la pratique personnelle est le principal frein à l'efficacité de l'hypnose. Les femmes qui pratiquent leurs exercices quotidiennement ou plusieurs fois par semaine sont celles qui en retirent le plus de bénéfices le jour J. Pour être pleinement efficace, la pratique doit débuter idéalement dès le 2e trimestre et être maintenue régulièrement jusqu'à l'accouchement.
Un exercice simple peut être pratiqué quotidiennement dès maintenant :
La reformulation cognitive offre un appui supplémentaire : remplacer mentalement « j'aurai mal » par « mon corps travaille pour faire descendre mon bébé » modifie la perception de la douleur. Se remémorer des situations passées surmontées avec succès renforce la confiance en ses capacités.
Idéalement, ces techniques se commencent dès le 2e trimestre, mais le 3e trimestre n'est pas trop tard. Bonne nouvelle en termes de coût : en Belgique, si ces séances sont conduites par une sage-femme conventionnée, elles sont remboursées par l'INAMI (code V110 par grossesse). La patiente ne paie alors que le ticket modérateur, voire rien du tout.
À noter : Valérie Sengler, psychanalyste spécialisée dans la tokophobie, met explicitement en garde contre l'orientation systématique des femmes tokophobes sévères vers des cours de préparation à l'accouchement classiques (respiration, sophronisation de groupe). Ces cours peuvent aggraver la phobie en exposant brutalement la femme à un contenu anxiogène sans filet thérapeutique. Pour les tokophobies avérées, un suivi psychothérapeutique individuel doit être initié en premier, avant toute préparation à l'accouchement en groupe. Ce point ne vaut pas pour les peurs modérées, pour lesquelles les cours de préparation restent tout à fait bénéfiques.
Lorsque la peur devient véritablement invalidante — crises de panique, cauchemars répétés, évitement complet des consultations —, des ressources spécifiques existent en Belgique. Les services d'accompagnement périnatal subventionnés par l'ONE (Office de la Naissance et de l'Enfance) sont pluridisciplinaires, regroupant sages-femmes, psychologues et psychomotriciens. Ils sont généralement gratuits en Belgique francophone et accessibles dès le début de la grossesse.
Pour une tokophobie secondaire d'origine traumatique, la thérapie EMDR (Eye Movement Desensitization and Reprocessing) est recommandée. Cette approche utilise des stimulations sensorielles bilatérales pour retraiter les souvenirs douloureux restés bloqués. Il est recommandé de consulter un thérapeute EMDR agréé dès le 2e trimestre, sans attendre que la peur devienne paralysante au 3e trimestre : attendre réduit le nombre de séances disponibles avant l'accouchement, or plusieurs séances sont nécessaires pour un effet thérapeutique complet. À Bruxelles, les séances coûtent environ 65 €, partiellement remboursées selon la mutuelle : la Mutualité Socialiste du Brabant rembourse 20 € par séance (jusqu'à 8 séances par an). L'annuaire des praticiens agréés est consultable sur emdr-belgium.be.
Pour une phobie sévère confirmée, les thérapies cognitivo-comportementales (TCC) constituent le traitement de référence. Une méta-analyse de 2021 indique qu'au moins 5 séances sont nécessaires. Côté remboursement, Partenamut propose un forfait de 10 € par séance dans la limite de 6 séances par an.
Il est important de savoir qu'une tokophobie non prise en charge a des conséquences documentées au-delà de la mère elle-même : les enfants de femmes ayant souffert d'un stress chronique pendant la grossesse peuvent présenter des troubles tels qu'une anorexie du nourrisson, un retard de croissance ou une dépression, car ils se sont développés dans un environnement hormonal de stress prolongé (Valérie Sengler, citée par E-Sante.fr). Cela ne signifie pas que votre bébé sera nécessairement affecté — mais c'est une raison supplémentaire de prendre soin de vous en demandant de l'aide, sans culpabilité ni honte. Vous protéger, c'est aussi protéger votre enfant.
Exemple : Naoual Belkacem, 31 ans, multipare vivant à Forest, a consulté Hafssa Fellah au début de son 3e trimestre lors de sa deuxième grossesse. Son premier accouchement, vécu en contexte hospitalier lors de la période Covid (2021), avait été marqué par un sentiment d'isolement et de perte de contrôle — elle n'avait pu être accompagnée par son conjoint pendant une partie du travail. Résultat : des cauchemars récurrents dès le 6e mois de sa seconde grossesse et un score W-DEQ de 91 lors de la consultation. Après trois séances de sophrologie individuelle (remboursées par l'INAMI, avec un reste à charge limité au ticket modérateur), combinées à la rédaction d'un projet de naissance détaillé et à une orientation vers un thérapeute EMDR agréé à Bruxelles (4 séances à 65 €, dont 20 € remboursés par séance par sa mutuelle), Naoual a pu aborder son accouchement avec un niveau d'anxiété nettement réduit. Son conjoint, intégré aux séances d'hypnonaissance, a également pu jouer un rôle actif et rassurant le jour J.
Quelle que soit l'intensité de votre peur, la première étape est d'en parler à votre sage-femme lors de votre prochain rendez-vous prénatal. Trop de femmes restent silencieuses par gêne ou par méconnaissance du fait que leur anxiété constitue un problème reconnu et accompagnable.
Hafssa Fellah, sage-femme à Anderlecht, propose un accompagnement global de la grossesse au post-partum, en intégrant la sophrologie à son suivi prénatal. Cette approche permet d'aborder aussi bien la dimension médicale qu'émotionnelle de la maternité, dans un cadre bienveillant et confidentiel. En tant que sage-femme conventionnée, ses consultations et séances de sophrologie prénatale sont prises en charge par l'INAMI — vous ne réglez que le ticket modérateur, ce qui rend cet accompagnement accessible sans surcoût significatif. Si vous traversez le 3e trimestre avec une anxiété grandissante, n'hésitez pas à la contacter pour un entretien dédié à vos peurs : en parler est déjà un premier pas vers un accouchement plus serein.