Selon une méta-analyse mondiale publiée dans le British Medical Journal et portant sur 1,6 million de femmes, seulement 32 % d'entre elles restent dans les fourchettes de prise de poids recommandées pendant leur grossesse — ce qui signifie que deux femmes sur trois prennent trop ou pas assez de kilos. Derrière ce chiffre, une réalité que beaucoup de futures mamans connaissent bien : l'absence de repères personnalisés, la peur de mal manger, et une culpabilité tenace face à la balance. Cet article, conçu sous forme de FAQ pratique, vous apporte des réponses concrètes et sans jargon, appuyées sur les recommandations en vigueur en Belgique. En tant que sage-femme installée à Anderlecht, Hafssa Fellah accompagne chaque jour des femmes confrontées à ces interrogations, en lien avec le carnet de grossesse de l'ONE et dans le cadre d'un suivi prénatal personnalisé. Car en Belgique, la sage-femme est l'une des interlocutrices de référence pour ce suivi, habilitée à diagnostiquer et accompagner une grossesse de façon autonome.
C'est probablement la première question que vous vous posez, et la réponse la plus honnête est celle-ci : cela dépend de vous. Plus précisément, cela dépend de votre indice de masse corporelle (IMC) avant la grossesse. L'IMC se calcule en divisant votre poids (en kilogrammes) par votre taille (en mètres) au carré. Ce chiffre, simple à obtenir, détermine entièrement la fourchette de prise de poids qui vous est recommandée. C'est pourquoi, dès la première consultation prénatale avec votre sage-femme, votre IMC est calculé et consigné dans votre carnet de grossesse.
Les recommandations utilisées en Belgique s'appuient sur celles de l'Institute of Medicine (IOM, 2009), reprises par le guide clinique de Domus Medica (2015) et par le KCE (Centre Fédéral d'Expertise des Soins de Santé, 2019). Voici les quatre fourchettes de référence pour une grossesse unique :
En cas de grossesse gémellaire, les chiffres changent considérablement : pour un IMC normal, la fourchette se situe entre 15,9 et 20,4 kg, selon les données cliniques de l'hôpital de Jolimont en Belgique. Ne pas connaître son IMC de départ, c'est un peu comme naviguer sans boussole : vous n'avez aucun repère médical pour évaluer si votre courbe est dans la norme ou non.
À noter : chez les femmes dont l'IMC est égal ou supérieur à 30 avant la grossesse, des études ont montré que celles qui prennent moins de poids que les fourchettes IOM recommandées réduisent leurs risques d'hypertension, de prééclampsie, de diabète gestationnel et de césarienne. Pour ce profil spécifiquement, les fourchettes générales ne s'appliquent donc pas de façon stricte et un suivi personnalisé par la sage-femme est d'autant plus justifié pour adapter les objectifs pondéraux à la situation individuelle.
Une idée reçue très répandue voudrait que l'on prenne environ 1 kg par mois de façon régulière. En réalité, la prise de poids pendant la grossesse n'est pas linéaire : elle se fait par paliers, avec des accélérations et des pauses tout à fait normales. Il est donc essentiel d'interpréter votre courbe sur deux à quatre semaines, et non pas semaine par semaine.
Au premier trimestre (semaines 1 à 12-13), la prise de poids est généralement modeste : entre 0,5 et 2 kg au total. Certaines femmes ne prennent rien du tout, voire perdent légèrement du poids à cause des nausées. C'est tout à fait physiologique. À ce stade, ce qui augmente, ce sont surtout les réserves protéiques et graisseuses de la mère, pas encore le bébé. Les besoins caloriques supplémentaires réels ne sont d'ailleurs que de +70 kcal/jour au premier trimestre (source : IOM 2009, reprise par le KCE) — soit l'équivalent d'une pomme.
Au deuxième trimestre (semaines 13 à 27), l'appétit revient souvent en force et la balance commence à bouger nettement. On observe en général 4 à 6 kg cumulés sur cette période, soit environ 1 à 1,5 kg par mois. C'est la phase des fringales intenses, mais attention : les besoins caloriques supplémentaires réels ne sont que de +340 kcal par jour. Concrètement, cela correspond à une tartine de pain complet avec de la purée d'amande et un fruit — loin de l'idée de « manger pour deux ». Au troisième trimestre, ces besoins n'atteignent que +452 kcal/jour. Une prise de poids excessive n'est donc presque jamais liée à une sous-estimation des besoins caloriques, mais à d'autres mécanismes hormonaux et physiologiques.
Au troisième trimestre (semaines 28 à 40), comptez 4 à 6 kg supplémentaires, soit environ 1,5 à 2 kg par mois. Le bébé passe d'environ 1 kg au sixième mois à 3 voire 4 kg à la naissance. La rétention d'eau, parfois amplifiée par la chaleur estivale (elle peut atteindre 2,5 kg en cas de fortes chaleurs, sans aucun lien avec l'alimentation), peut accentuer les variations sur la balance. La saison à laquelle se déroule votre troisième trimestre peut donc influencer significativement la courbe de poids et expliquer des variations ponctuelles importantes, sans qu'il s'agisse d'une prise de « mauvais poids ». Il est tout à fait courant de ne rien prendre pendant deux semaines, puis de constater 2 kg d'un coup. Ce schéma par paliers est normal.
Pour un suivi plus précis aux 2e et 3e trimestres, les recommandations IOM fournissent également des rythmes hebdomadaires selon l'IMC, qui constituent un repère concret et personnalisé :
Ces rythmes s'évaluent en tendance sur 2 à 4 semaines : par exemple, 400 g une semaine suivis de 100 g la semaine suivante donnent une moyenne de 250 g/semaine, ce qui reste dans les normes pour un profil en surpoids.
Exemple : Mériem, 31 ans, suivie au cabinet d'Hafssa Fellah, pesait 72 kg pour 1,65 m avant sa grossesse — soit un IMC de 26,4, correspondant à un léger surpoids. Sa fourchette recommandée se situait entre 7 et 11,5 kg au total. Au deuxième trimestre, elle a pris 800 g en une semaine après un week-end particulièrement chaud, puis seulement 100 g la semaine suivante. En calculant la moyenne sur deux semaines (450 g/semaine), sa sage-femme lui a confirmé que sa courbe restait parfaitement dans la norme pour son profil. Ce recul de deux à quatre semaines est essentiel pour éviter une inquiétude inutile face à des variations ponctuelles.
Voilà une question que se posent la plupart des futures mamans. Et la réponse est souvent une source de soulagement : la grande majorité des kilos pris pendant la grossesse n'est pas de la graisse. Pour une prise totale d'environ 12 kg, voici à quoi correspondent concrètement ces kilos : le bébé lui-même pèse environ 3,3 kg à la naissance (soit 27 % du poids total pris), le placenta environ 600 g, le liquide amniotique environ 1 kg, l'utérus qui se développe environ 900 g, les seins environ 450 g, le volume sanguin qui augmente de 50 % ajoute environ 1,3 kg, et la rétention d'eau dans les tissus représente environ 2 kg. S'ajoutent les réserves de graisses maternelles, entre 2 et 4 kg, que votre corps constitue en prévision de l'allaitement.
En répartition globale, cela donne une image plus claire : environ 37 % du poids pris correspond à des éléments strictement physiologiques (sang, placenta, utérus, liquide amniotique et autres liquides), environ 26 % correspond aux réserves graisseuses maternelles prévues pour l'allaitement, et le reste au bébé lui-même et aux seins. En d'autres termes, près des trois quarts de votre prise de poids n'ont rien à voir avec un « excès » alimentaire.
Bonne nouvelle : dès l'accouchement, environ 6 à 8 kg disparaissent instantanément avec le bébé, le placenta et le liquide amniotique. Dans les six semaines suivantes, l'utérus retrouve sa taille normale, le volume sanguin diminue, et les œdèmes se résorbent, entraînant une perte supplémentaire de 2 à 3 kg sans le moindre effort — soit environ 9 kg perdus « naturellement » au total. Environ la moitié des femmes retrouvent leur poids d'avant grossesse un an après l'accouchement ; un quart d'entre elles conservent des kilos supplémentaires au-delà d'un an. Les femmes qui allaitent retrouvent plus facilement leur poids d'équilibre à moyen terme, car les réserves graisseuses constituées pendant la grossesse sont physiologiquement prévues pour être mobilisées pendant l'allaitement. En revanche, plus la prise de poids pendant la grossesse est importante, plus la perte de poids post-natale sera difficile.
Mais alors, pourquoi prenez-vous du poids même sans manger plus ? Parce que les hormones de grossesse stimulent l'appétit et la rétention hydrique, parce que votre métabolisme basal augmente de 15 à 20 % au troisième trimestre, et parce que d'autres facteurs entrent en jeu : la génétique, la qualité du sommeil, le niveau de stress, la chaleur ambiante, et même certains traitements médicaux comme la progestérone. Avant la quinzième semaine, ce qui grossit, c'est d'abord vous — et c'est prévu par la physiologie. Il n'y a aucune raison de culpabiliser.
Conseil : les troubles du sommeil, fréquents dès le deuxième trimestre, dérèglent les hormones de l'appétit (ghréline et leptine), favorisant les fringales et une prise de poids indépendante des quantités alimentaires. Le stress chronique, via la sécrétion de cortisol, favorise quant à lui le stockage adipeux abdominal. Ce sont deux facteurs que les femmes ne relient pas spontanément à leur courbe de poids, et sur lesquels un accompagnement en sophrologie prénatale peut apporter un vrai soulagement.
Dans la plupart des cas, les variations de poids pendant la grossesse sont normales et sans conséquence. Cependant, certains signaux doivent vous amener à consulter sans tarder.
Premier signal d'alerte : une prise de plus de 1 kg en une seule semaine, surtout au deuxième ou troisième trimestre. Ce type de variation justifie une évaluation de la tension artérielle et une recherche de protéines dans les urines, car il peut s'agir d'un signe précoce de prééclampsie — une complication qui associe hypertension et atteinte rénale.
Deuxième signal : l'apparition simultanée de maux de tête persistants, de troubles de la vision et de douleurs abdominales hautes. Ces symptômes classiques de prééclampsie nécessitent une consultation immédiate, sans attendre votre prochain rendez-vous.
Troisième signal : une courbe de poids qui stagne de façon prolongée au deuxième ou troisième trimestre, sans que des nausées puissent l'expliquer. Dans ce cas, une évaluation de la croissance du bébé peut être recommandée par votre sage-femme ou votre gynécologue.
Quatrième signal : une prise de poids totale nettement inférieure à 5 kg en fin de grossesse, quel que soit votre IMC de départ. Une prise insuffisante expose à un retard de croissance intra-utérin (RCIU), un faible poids de naissance et des carences en calcium, fer ou magnésium pour vous comme pour votre bébé.
À l'inverse, une prise de poids nettement supérieure aux recommandations augmente le risque de macrosomie fœtale (bébé pesant plus de 4 kg à la naissance, avec risque de blocage lors de l'accouchement et de déchirure périnéale), d'accouchement par césarienne, et, à plus long terme pour l'enfant, un risque accru d'obésité et de diabète de type 2. Ces conséquences sont rarement évoquées, mais elles soulignent l'importance d'un suivi régulier et bienveillant de la courbe de poids.
Rappelons aussi qu'en Belgique, un dépistage du diabète gestationnel est recommandé entre la 24e et la 28e semaine de grossesse, via un test d'hyperglycémie provoquée par voie orale (HGPO), conformément aux recommandations du KCE 2019. Ce diabète est souvent asymptomatique : n'attendez pas de ressentir des signes visibles pour réaliser ce dépistage. Depuis la révision des seuils de dépistage en Belgique, le taux de femmes diagnostiquées est passé de 5 % à 18 % selon les critères utilisés (source : Birth Matters Belgique), ce qui justifie d'être bien informée et de ne pas reporter ce test.
À noter : la sédentarité (moins de 150 minutes d'activité physique modérée par semaine) double le risque de diabète gestationnel. À l'inverse, la pratique régulière d'une activité physique adaptée — marche quotidienne, natation, yoga prénatal — réduit simultanément ce risque et celui d'hypertension artérielle gravidique. Cette information permet de dépasser la simple surveillance du poids pour agir concrètement sur les risques associés. N'hésitez pas à en parler avec votre sage-femme pour identifier l'activité la mieux adaptée à votre situation.
C'est précisément dans ces moments que l'accompagnement par une sage-femme prend tout son sens. À chaque consultation prénatale, la pesée est réalisée, la courbe du carnet ONE est lue et interprétée, et les recommandations sont ajustées en fonction de votre profil et de votre IMC. Ce suivi régulier offre un repère à la fois humain et médical, bien plus fiable — et bien moins anxiogène — que la balance de votre salle de bain.
Conseil : en Belgique, les consultations prénatales proposées dans le cadre du programme « Naître et Grandir » de l'ONE sont entièrement gratuites et ouvertes à toutes les femmes enceintes, en consultation de quartier ou hospitalière, sans condition de revenus. Le suivi de grossesse par une sage-femme agréée est par ailleurs remboursé par la mutuelle, avec un ticket modérateur variable selon votre statut (BIM ou non). Pour connaître le coût exact d'un suivi prénatal complet par une sage-femme indépendante, il est conseillé de contacter directement le cabinet : les tarifs dépendent du type de prestation (consultation simple, préparation à l'accouchement, suivi post-natal) et peuvent faire l'objet d'une prise en charge partielle ou totale selon votre mutuelle. N'hésitez pas à demander un devis personnalisé.
Si vous êtes enceinte ou envisagez de l'être, et que vous résidez à Anderlecht ou dans les environs de Bruxelles, Hafssa Fellah vous propose un accompagnement global de la grossesse jusqu'au post-partum, incluant le suivi prénatal, la préparation à l'accouchement et le soutien après la naissance. Sa pratique intègre également la sophrologie, un outil précieux pour gérer le stress, les émotions et les douleurs qui peuvent accompagner cette période de transformation. N'hésitez pas à la contacter pour bénéficier d'un suivi personnalisé, bienveillant et adapté à vos besoins.